Tout a commencé en Amérique du Sud...
6 Août 2013
Après l'Amazonie je retourne dans la Sierra, au pied du Chimborazo dans une communauté indigène, à 3 200 m. La transition est rude, mais je suis heureuse de retourner dans les montagnes.
Le projet de tourisme communautaire a été initié par l’association des femmes « Quilla-Pacari » de San Francisco de Cunuguachay. Le développement de l’économie traditionnelle rurale et l’échange interculturel sont les principaux objectifs du projet.
Les 85 femmes de la communauté de San Fransisco de Cunuguachay sont regroupées depuis plus de 6 ans en une association appelée Quilla Pacari. Il y a 4 ans, elles sont venues présenter différents projets à Pierrick, prêtre français à Calpi. Celui-ci leur a apporté son aide pour lancer un projet modeste de fabrication de confiture. L’idée vient alors de construire un bâtiment plus grand afin de créer une structure d’accueil pour les touristes.
Les femmes sont donc propriétaires de la maison et se lancent comme objectif de rendre l’activité touristique rentable, pour par la suite monter d’autres projets de micro entreprises.
J'ai passé 10 jours dans la communauté, je n'arrivais pas à partir... Une super ambiance, Pierrick, le prêtre français aide énormément les indigènes dans leurs différents projets touristiques, mais aussi dans leur vie quotidienne. Il soutient également les femmes indigènes qui ont, grâce à lui et à leur travail au sein de l'association, pu s'émanciper.
Ces dix jours ont été bien remplis, ce que j'ai fait, en vrac :
- balades dans les communautés et me suis fait inviter à manger chez un couple indigène,
- 2 tentatives d'ascension du Chimborazo (6 310 m), la 1ère fois un problème de crampons m'a obligé à redescendre et la seconde fois il y avait un vent à détrôner la Reine d'Angleterre, c'était beaucoup trop dangereux et personne n'a pu grimper au-delà de 5 300 m,
- me suis fait soigner par le Yachak de Calpi (chaman) : limpieza à la bougie et deux séances de thérapie par les aimants,
- ai énormément appris sur la culture indigène, leurs légendes, leurs difficultés, en discutant avec Pierrick,
...
Lors d'une randonnée, je passe par la communauté Rumipamba. Un homme me salue au coin d'une rue et propose de m'offir un café (il doit être aux alentours de midi). J'accepte volontiers. Chez lui, nous nous asseyons sur des sacs de carottes, il me présente sa femme Mariana. Ils m'offrent un café, du pain, puis une soupe avec du poulet et des pommes de terre. Ils sont très curieux de ma culture et me posent une tonne de questions sur la France : quels animaux avons-nous, est-ce qu'il y a des lamas, non nous ne mangeons pas les cochons d'inde, que font mes parents, est-ce que j'ai des frères et soeurs, est-ce que je suis mariée, combien ont coûté mes chaussures, quelle est la monnaie en France...
Yachaks, les chamanes d'Equateur : intermédiaires entre l'homme et les esprits de la nature. Le yachak est un curandero qui, ayant acquis de l'expérience, devient capable de soigner au niveau de la famille et de conseiller la communauté.
On peut dire que le chaman est, soit un, soit plusieurs, soit tous à la fois :
- un médecin (au niveau physique, mental et énergétique)
- un prêtre / religieux (agit au niveau spirituel, social et politique)
- un mystique (utilise la transe et autres techniques de l'extase)
- un conseiller (agit au niveau individuel, familial et communautaire)
La limpia est un acte magique permettant de décharger les énergies négatives accumulées dans le corps, pour le charger ensuite d'énergies vitales de sanation et de vie.
Principaux types de maladies énergétiques
- Le susto (l'effroi, le choc). C'est une maladie causée à la suite d'un choc émotionnel, généralement lié à une forte et soudaine peur. Par exemple lorsqu'on a un accident de voiture, qu'un animal nous mord ou que le tonnerre nous fait sursauter. Dans ces situations, il arrive souvent qu'un de nos corps d'énergie sorte du corps physique à cause du choc, le susto arrive lorsque ce corps ne rentre pas dans le corps. Soit qu'il n'est pas très bien calé en face des autres corps, on est alors comme "à côté de ses pompes", soit qu'il n'est pas du tout revenu auprès des autres corps, restant souvent sur les lieux du choc, la personne marchant alors dans son incomplétude, se sentant souvent déprimée et vide. Cela peut aller jusqu'à causer un grand désespoir, des angoisses, des insomnies, des sueurs ou de la fièvre ainsi qu'une couleur anormale de la peau, un manque d'appétit ou au contraire une gloutonnerie comme pour remplir un vide.
- Le mal aire ou mal viento (mauvais air ou mauvais vent). C'est une maladie qui peut s'attraper dans différentes conditions. Souvent dans la nature, dans des lieux très sauvages, très ventés, où les énergies sont très fortes. Il peut arriver que la personne, plus souvent les enfants ou les personnes en état de faiblesse, se chargent de beaucoup d'énergies, un trop plein qui va les faire tomber malade. Cela peut aussi être causé par un lieu chargé comme un cimetière ou une maison abandonnée où rôdent davantage d'esprits perdus et qui vont parfois aspirer l'énergie des passants ou se coller dessus et ainsi baisser leurs énergies. Cela peut aussi arriver lorsqu'une personne passe près d'un objet chargé de négativité. Par exemple, après avoir fait une limpia, les objets que le chamane a utilisé (plantes, oeuf, etc.) sont chargés des énergies négatives de la personne. Normalement, le chamane se charge de les enterrer là où personne ne risque de les croiser. Mais il peut arriver que cela ne soit pas fait, alors malheur à celui qui passe à côté et reçoit alors, du fait qu'il aura quelque part dans ses corps une faille, ces énergies négatives.
- Le mal de ojo (mauvais oeil). Le mauvais oeil a deux causes principales. La première et la plus connue est le fait qu'une personne ait beaucoup d’énergies négatives dirigées sur nous. Bien souvent de la colère, de la haine, de la rancœur, le fait de maudire et souhaiter le malheur d'autrui, etc. Pas besoin d'être sorcier pour cela, beaucoup d'entre nous le font très souvent sans se rendre compte des effets de leurs pensées et émotions. Les effets de ce type de mal sont que la personne reçoit des mauvaises énergies, un peu comme le mal viento. Elle peut donc devenir plus fatiguée, plus irritable, avoir des maux de tête, des douleurs sans raison, etc. Dans ce cas, la limpia doit permettre de décharger les énergies négatives mais aussi de trouver la faille qui fait que ces énergies ont pu rentrer (on dit que la bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe, adaptée à ce cas concret, si la bave du crapaud nous a touchée c'est que quelque part nous n'avons pas été blanche colombe vis à vis de cette personne: sois nous avons aussi de la rancœur, ou de la culpabilité, de la peur, etc.). Souvent les chamanes disent à la personne qu'ils soignent : tu dois aller te réconcilier avec telle personne.
- La dernière catégorie, la plus mystérieuse, inquiétante et aussi la plus répandue en Équateur est celle de la sorcellerie. La sorcellerie était la cause principale des maladies et problèmes dans les populations autochtones et métisses. Et, plus surprenant encore, les "jeteurs de sort" étaient bien souvent embauchés par les proches: la famille et les voisins. Effrayant et en même temps logique...
Cela n'existe plus autant dans notre société cartésienne contemporaine, mais est très répandu en Équateur. Au delà de la magie noire visant à faire du mal, beaucoup de personnes vont voir le sorcier lorsqu'elles ont besoin de remporter un procès, de faire revenir leur femme qui les a quittée, etc. De manière générale, dès qu'il s'agit de contrôler la volonté d'autrui à des fins personnelles, on appelle cela de la sorcellerie.
Le Chimborazo (6 310 m), le plus haut sommet du monde car le plus éloigné du centre de la terre, la terre ayant une forme ellipsoïdale
Seconde tentative d'ascension du Chimborazo (à ma droite le guide et Mateo le Slovène avec qui je partage les frais)